Zone de confort, expérience de vie ou discours marketing?

J’entends partout depuis quelques mois l’expression « sortir de sa zone de confort ». Tout le monde y va de sa petite expérience (moi la première), et comme pour chaque phénomène de société je constate une belle récupération marketing. Celle ci ce vient pas de Mc Do ou Nike, non, mais plutôt de tas de blogueurs qui tentent de fidéliser une communauté ou mieux vendre des produits/services de développement personnel.

Alors, cette zone de confort vraie expérience de vie ou pure stratégie marketing? Je déroge à ma sacro-sainte règle de ne pas parler travail ici, pour cet article. Dans la vie je travaille en communication, j’ai étudié 5 ans le marketing (sifflet), la sociologie, sémiologie… De quoi être toujours à l’affût des tendances (bientôt) jetables qui envahissent la toile.

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La comfort food c’est bien, la zone de confort c’est nul

Si il est de bon ton de s’extasier devant une purée maison et un riz au lait (comfort food), la tendance est à fuir sa zone de confort. Ok, mais finalement qu’est ce que cette mystérieuse zone de confort?

Je résumerais l’idée à une multiplication d’habitudes sociales, intellectuelles qui vont du lieu de vie, au cadre de travail, en passant par les habitudes quotidiennes. Parfois on se sent bien dans de vieux chaussons, parfois ils vous lassent. La zone de confort c’est pareil.

Sauf que des blogueurs et auteurs de bouquins de développement personnel (que l’on trouve chez Urban Outfitters rayon déco), nous rabâchent comment ils sont sortis de leur zone de confort et comment nous devrions aussi tout quitter et changer de vie.

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La mythologie du vide

Pour faire adhérer à une histoire, il faut se créer une mythologie. Souvent basée autour d’une vie plutôt plate, l’idée est de montrer un parcours dramatique (dans le sens premier du terme), et une la renaissance de guerrier immortel.

Voici 2 exemples pour vous raconter mon histoire:

La vraie version

Après 5 ans d’études, un mariage, et un chouette boulot, j’ai senti que j’avais envie de vivre ailleurs, d’apprendre une autre culture, et vivre en immersion. Direction les Etats-Unis, puis Londres où j’ai découvert le yoga et la culture vegan. Evidemment tout n’a pas été rose, j’ai du faire face à des opérations et soucis de santé, mais vivre loin de mes proches m’a permis de grandir et positiver.

La version marketing

Après 5 ans en France, j’ai ressenti le besoin de tout quitter. Partir, laisser cette vie monotone qui était entrain de m’étouffer. Il me fallait LE grand changement de vie, je me voyais perdre perdre foi en mon avenir. Alors j’ai sauté, j’ai coupé avec mes vieilles habitudes, j’ai quitté un CDI prometteur pour aller vers l’inconnu où personne m’attendait. Seule face au vide, j’ai compris que je devais embrasser mon avenir: devenir vegan, m’investir dans la cause animale, vivre pour les autres. Après 2 opérations et une perte de capacités physiques, le yoga est devenu ma terre de salut où j’ai réappris à avoir confiance en moi et développé un mental d’acier. Tout ceci m’a aidé à développé ce mode de vie sain, où je repousse mes propres limites chaque jour.

Il est finalement très simple de passer pour un héros.

Ce que l’on ne dit pas, c’est que changer de vie quand on est éduqué et privilégié, avec un passeport européen, ce n’est pas non plus le parcours du combattant. Cela reste une chance et un privilège. Je ne me suis pas cachée dans une cale à bateau pour arriver aux Etats-Unis, soyons honnêtes.

Et si vous souhaitez vraiment parler à des gens qui ont du quitter famille et patrie pour simplement « avoir un futur » ce ne sont pas sur des blogs de développement personnel que vous les trouverez.

Plus on en fait, moins on en parle, c’est connu.

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Ce que je fais, je le fais pour vous

Mais oui, vivre un grand changement est normalement une étape personnelle. Parce que l’on a besoin de neuf, que l’on s’ennuie au quotidien, ou pour mille et une raisons.

Sauf que en plus d’être « sorti de sa zone de confort » l’autre va vous inciter à le faire aussi: à coup de plannings d’athlètes, d’objectifs (trop) ambitieux, et de moodboard Pinterest à placarder sur son frigo. Votre vie est triste, CHANGEZ, mais attention tout ceci n’est que par pur altrui$me.

Pour vous convaincre, des tas d’arguments et objectifs atteints: le tour du monde, la retraite de yoga sans téléphone mais monodiète de bananes, les 100 livres lus par mois, la nourriture ultra-saine et les performances de running à 6h de bon matin.

Sauf que toi (j’ose), avec ton plat Picard, ton yoga pants (pour rester dans le canapé), et le replay de New Girl à la télé une bière à la main, tu culpabilises un peu.

Mais la culpabilité n’a jamais fait avancer personne. L’écoute, la bienveillance, et les encouragements oui.

Cette stratégie de développement personnel foireuse, vous incite surtout à un culte de la personnalité (creuse), à applaudir, mais toujours de votre canapé, admiratif et coupable.

On appelle ça l’engagement et la fidélisation.

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Zone de confort: mes objectifs ne sont pas les vôtres!

La recette est toute simple, pour bousculer un peu votre vie, ne vous calquez pas sur celles des autres. X reprend un master en psychologie en cours du soir? Y a décidé de se préparer pour un semi-marathon? W part 3 mois en sac à dos à travers le Brésil?

Ce sont leurs projets, motivés par une envie personnelle et/ou un plan pour le futur.

Une ancienne manager me parlait souvent de la technique du saucisson (vous être toujours sur un blog vegan): « Tu vois ce saucisson, tu ne croques pas dedans, tu le coupes en rondelles avant de le manger pour que ce soit plus facile? ». La zone de confort c’est pareil.

Peut être que vous n’êtes pas encore prêt à prendre un sac à dos pour un tour du monde? Commencez par un week end en solo en Europe? Même en France!

Pour certains, le grand pas est de franchir la porte d’un club de sport pour se muscler le cuissot avec plein de body-buildés (clichés!). D’autres rêvent de prendre des cours de langue. Et si dire bonjour à votre voisin de palier est un exploit: c’est le votre, ne le minimisez pas.

Pour finir, si vous vous sentez bien dans vos pompes, qu’un jogging hebdomadaire suffit, qu’aucune culpabilité ne vous gagne en trempant des frites dans de la BBQ sauce, et que des vacances à lézarder en lisant Marc Lévy (quand même…) vous conviennent? Tant mieux, ne bousculez rien!

A force de vouloir aller trop loin, trop vite, on crée finalement de l’immobilisme.

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3 femmes inspirantes à suivre!

J’aimerais vous parler de 3 femmes dont le parcours me touche pour différentes raisons:

@Elodie_C  qui n’a qu’un rêve depuis que je le connais (10 ans): devenir journaliste. Tout le monde connait la réalité *difficile* du métier, mais elle passionnée, elle s’accroche et fait plein de sacrifices. Vous pouvez lire ses papiers et coups d’humeurs sur son compte Twitter!

@ILLRT qui après avoir exploré l’Asie Centrale, s’apprête à partir travailler au Nigéria. Un parcours hors des sentiers battus, et surtout une personne humble et curieuse.

@Marionrocks est une blogueuse que beaucoup connaissent. Je l’ai découverte avant son départ en Inde. C’est toujours un plaisir de lire ses tweets et articles! Marion est positive et curieuse, et aime transmettre de belles énergies… juste pour le plaisir de partager.

A très vite,

Anouchka

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15 réflexions au sujet de « Zone de confort, expérience de vie ou discours marketing? »

  1. Oui enfin merci! moi aussi j’en ai marre de voir défiler des photos de granola aux fruits secs (je déteste les fruits secs!!!) et je ne sais combien de formules détox. Il y a aussi la situation inverse où la zone de confort devient l’objectif. Quand on galère pendant des années et enfin trouver son boulot, ses projets d’avenir, du temps et de l’argent pour refaire la déco de chez soi, la zone de confort devient votre salut! Moi je viens enfin d’entrer dans ma zone de confort, n’allez pas me dire que ça va me faire du bien de la quitter!

    • Ton commentaire m’a fait sourire!
      Je comprends parfaitement ton point de vue. Il est bon de répéter que l’on ne peut pas appliquer à tout le monde l’ultra rigueur/le changement permanent etc.
      J’adore déménager tous les 2 ans en changent de pays, de multiplier les expériences, mais ce mode de vie ne convient pas à tout le monde, et il serait grossier de vouloir le vendre comme idéal.

      Profite de ton confort, tu l’a bien mérité 🙂

  2. Dans mon cas, sortir de ma zone de confort n’est pas synonyme de grandes aventures, c’est juste de travailler des aspects de ma personne qui me « titillent ». Ça m’a prit énormément de courage quand j’ai annoncé que je devenais végétalienne parce que je sais que c’est encore un sujet délicat, et je déteste débattre. Sauf que là, si je ne le faisais pas, je savais que j’aurais des regrets. Et en prenant position ainsi pour la première fois de ma vie, ça m’a permis (et surtout motivée davantage) d’avoir plus confiance en moi. Alors j’ai entamé une autre chose qui me tient à cœur, le Zéro déchet.

    Une autre chose sur laquelle je travaille, c’est d’apprivoiser la solitude en public. Je n’ai aucun problème à rester seule chez moi pendant des jours, mais être seule à l’extérieur me stressait. Une des premières choses que j’ai faite est d’aller voir mon groupe préféré (Queen) toute seule dans une grande salle (Centre Bell, à Montréal), parce que personne ne voulait y aller avec moi et que, si je n’y allais pas, je savais qu’encore une fois, j’aurais des regrets (parce qu’à leurs âges, c’est quoi les chances qu’ils reviennent à Montréal?)! Je n’ai pas encore réussi à 100% cette étape, mais ça s’en vient! Peut-être qu’un jour, sortir de ma zone de confort aura quelque chose de plus grandiose. 😉

    • Tu résumes très bien cet article! Au delà des exploits sportifs, des grands voyages, sortir de sa zone de confort c’est se challenger au quotidien.
      J’ai appris aussi à apprivoiser ma solitude en public en partant en vacances toute seule, où j’ai dépassé le fait de penser « tout le monde regarde parce que je suis seule », ça a pris du temps mais c’est un bel objectif non?
      Bravo pour ton engagement, devenir végétalienne et commencer le Zero Dechet c’est un sacré pas 😉

  3. Je n’avais jamais pensé à la différence entre ce discours « marketing » et l’autre… mais je suis complétement d’accord avec toi, la « zone de confort » c’est très subjectif, on a tous des valeurs et des objectifs différents. Certaines choses seront facile à entreprendre pour certaines personnes et un véritable challenge pour d’autres. Il n’y a pas de définition concrète du terme et on ne peut pas dire à quelqu’un « pour quitter ta zone de confort tu dois faire CA ». Merci !

  4. Merci pour cette article plein de sens.
    J’ai commencé le yoga il y a peu de temps, et en entrant dans ce monde, j’ai été prise d’assaut par ces discours (parfois culpabilisant, parfois un peu débile) que tu décris si bien.
    Et avec une bière à la main et dans mon pyjama préféré, je te dis « chapeau » !

  5. Ping : Pourquoi les personnes qui pratiquent le yoga, parlent tout le temps de yoga? |

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